L’ action humanitaire de MSF en 2022

Shakir, un infirmier de MSF, donne des médicaments à une patiente dans la clinique mobile installée par MSF dans le village de Nangar Daro, district de Dadu, Sindh. Pakistan, 2022. © Asim Hafeez
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En 2022, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ont répondu à des situations d’urgence complexes et interconnectées dans 78 pays alors que la guerre, les catastrophes liées au climat et les déplacements forcés alimentaient les besoins humanitaires. Encore cette année, l’acte de témoignage est resté au cœur de notre travail, amplifiant la voix des personnes auxquelles nous avons prêté assistance et décrivant publiquement ce que nous avons vu et entendu alors que nous prodiguions des soins médicaux. En témoignant ainsi, nous avons voulu attirer l’attention de la communauté internationale sur les crises et exprimer notre solidarité envers les populations qui sont directement exposées à des situations d’urgence. Merci de participer à notre travail.

Nous avons à nouveau soutenu des gens touchés par des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que des inondations au Soudan du Sud et en Afrique du Sud, une sécheresse en Somalie et des cyclones à Madagascar et aux Philippines. En janvier, nos équipes ont soigné des enfants souffrant de malnutrition en périphérie de N’Djamena, au Tchad, alors que le pays connaissait la pire sécheresse et la plus courte saison des pluies jamais enregistrées. Quelques mois plus tard, nos équipes ont offert leur assistance à des communautés de la même région, alors que des milliers de personnes étaient déplacées par les inondations résultant de pluies saisonnières anormalement élevées.

En juin, le Pakistan a lui aussi été frappé par de graves inondations. Un tiers de la surface du pays a alors été submergée. Plus de trois mois plus tard, certaines régions étaient encore inondées. La catastrophe a déplacé plus de 30 millions de personnes, provoquant des milliers de morts ou de gens blessés. Les équipes de MSF ont apporté une assistance médicale et alimentaire, ainsi qu’un soutien en matière d’approvisionnement en eau et en assainissement aux communautés des provinces de Sindh et de Balochistan.

En Ukraine, nous avons rapidement intensifié notre intervention humanitaire à la suite de la dramatique escalade de la violence qui a suivi les vastes offensives menées à travers le pays par les forces russes. MSF a acheminé des ressources humaines et du matériel en soutien. Elle a aussi formé des chirurgiens, des chirurgiennes et d’autres types de personnel de la santé du pays pour permettre de gérer des afflux massifs de personnes blessées.

L’escalade de la guerre en Ukraine a posé de nombreux défis aux équipes de MSF. Cellesci ont dû modifier leurs façons de faire pour se rapprocher des communautés, malgré le déplacement rapide des lignes de front. Elles ont notamment utilisé des trains médicalisés spécialement équipés pour transporter des individus malades ou blessés hors des zones dangereuses et installé des cliniques mobiles dans les abris pour les personnes déplacées. Dans le même temps, nos équipes ont mis en place un numéro d’urgence pour offrir des soins de télésanté aux individus souffrant de maladies chroniques.

Les conséquences de la guerre en Ukraine ont été ressenties bien au-delà de l’Europe, aggravant d’autres situations d’urgence beaucoup moins médiatisées. Exacerbés par une contraction généralisée de l’économie à l’échelle mondiale, le manque de nourriture et la montée en flèche des maladies telles que la rougeole ont exposé des millions d’enfants au risque de malnutrition. Au cours de l’année, les équipes de MSF ont répondu à des niveaux alarmants de malnutrition en Afghanistan, en Éthiopie, au Kenya, au Nigéria, au Tchad et au Yémen.

Les changements climatiques, les pénuries d’eau et les conflits ont également contribué à la recrudescence du choléra dans le monde. L’année dernière, plus de 30 pays ont recensé des cas ou des épidémies de choléra. MSF est intervenue pour lutter contre cette maladie très contagieuse dans au moins 10 pays, dont le Cameroun, le Kenya, le Liban, le Niger, la République démocratique du Congo et la Syrie.

Selon l’ONU, près de 100 millions de personnes ont été déplacées de force en 2022. Certaines ont été bloquées aux frontières entre la Biélorussie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne où elles ont été fréquemment, et souvent violemment, refoulées. Dès le début de l’année, des politiques hostiles ont limité notre accès aux gens ayant besoin d’une assistance médicale. La guerre en Ukraine a en outre révélé un double standard dans les politiques migratoires européennes. L’entrée dans les pays de l’Union européenne a été rapidement facilitée pour des millions d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes fuyant la violence, tandis que d’autres personnes cherchant refuge en Europe se sont vues refuser l’entrée de manière brutale.

Malgré l’ampleur des besoins humanitaires, la rhétorique contre les organisations non gouvernementales (ONG) s’est poursuivie dans certaines parties du monde. En décembre, des décrets interdisant aux femmes de travailler pour des ONG ont été publiés en Afghanistan, avec une exemption informelle pour celles travaillant dans le domaine de la santé. Bien que des femmes puissent encore, pour l’instant, se joindre aux équipes de MSF, nous sommes profondément inquiets des impacts à long terme sur la santé et le bien-être des femmes et des filles dans le pays.

Nous avons aussi été témoins de la criminalisation de l’assistance humanitaire dans certains pays, notamment au Mali et au Niger. Il est ainsi devenu extrêmement difficile d’atteindre les communautés exposées au conflit qui sévit depuis dix ans le long de la région frontalière du Sahel, entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Ce secteur a connu, l’année dernière, une nette augmentation de l’insécurité et des déplacements.

En dépit des défis, nos équipes ont continué à prodiguer des soins d’urgence à des millions de personnes, dont bon nombre n’avaient aucun accès aux soins de santé. Ce travail a été rendu possible grâce à près de sept millions de donateurs et de donatrices qui, ensemble, ont recueilli 3,08 milliards de dollars, soit plus de 97 % de notre financement de 2022. Ces fonds indépendants nous permettent d’intervenir rapidement et de manière impartiale auprès des communautés du monde entier, et nous motivent à parler publiquement de ce qu’elles vivent.

Nous tenons à vous exprimer notre profonde reconnaissance. Merci.

Ruby Gill, présidente, et Joseph Belliveau, directeur général.